Rétro 2016 | La zik urbaine Kmer en regression

Rétro 2016 | La zik urbaine Kmer en regression

Comme chaque début d’année, l’heure des introspections et rétrospections a sonné et le paysage musical Kmer n’y fait pas exception. Si en 2014 il était évident de faire un bilan de l’état des lieux de la zik urbaine camerounaise qui venait alors de prendre une nouvelle direction oh que prometteuse, 2015 nous a laissés sur notre faim, faisant planer le doute sur les perspectives que nous présentaient l’année 2016.

L’originalité de la zik Kmer que beaucoup saluaient en 2014 avec l’éclosion du Kwatta style, ce style pas si nouveau que ça puisque des anciens du rap game Kmer à l’instar de Koppo, des Bantu Po Si, avaient lancé, réussissait enfin à s’imposer au pays du Ndolè crevettes. Ce genre de musique sur laquelle tous les Camerounais pouvaient s’identifier, ce style de musique qui puerait à des kilomètres des sonorités du Mboa. Malheureusement en 2016, le perçage de Maahlox et Franko (Disque d’or en France) à l’international et de la trap musique au niveau mondial a eu un effet très néfaste sur nos artistes locaux. La majorité des jeunes artistes de la zik urbaine voulait s’essayer à la trap ou faire du Franko/Maahlox. Même Franko lui-même voulait faire du Franko !!! Comme pour montrer que le dehors est dur et le public exigeant à tel point que les artistes ont préféré cette année remixer les recettes qui ont déjà fait leur preuve au lieu de prendre le risque d’un désaveu du public… avec un échec fracassant.

C’est donc sans surprise que l’année musicale 2016 ait été faite par les mêmes artistes . Pas de gros newcomers, pas de outsiders, certains artistes prometteurs de 2014/2015 ont réussi à s’imposer ( Mr. Leo, Daphné…), d’autres ont fait du  maintien (Magasco, Zayox, etc.) et d’autres ont carrément fait profil bas (Maxtor, Edel Koulla,etc:)

Dans l’impossibilité de faire un top 10 comme celui de l’année 2014, n’osant pas qualifier le bilan de 2016 comme mitigé à l’instar de celui de 2015, Lwn Magazine a décidé de se tourner vers  ces critiques féroces qui font et défont la carrière de nombreux artistes sans une once de remords: les consommateurs de la zik #237.

Nous avons posé une série de  questions sur Twitter et Facebook sur la zik urbaine #237 et les réponses que nous avons reçues sont sans surprise!

https://twitter.com/LesWaysNdole/status/809703679980929025

Maahlox-Locko, Locko-Maahlox; C’est sans grande surprise que les noms de ces deux artistes ont été régulièrement cités par les votants. Entre Maahlox qui tout au long de l’année a fait dans le politiquement non correct en sortant des tubes spécialement conçus pour créer la polémique et Locko qui lui a profité de son statut de loveur-gentleman, les deux artistes ont pu, à eux deux, rassembler le public camerounais connu pour ses divergences de goût autour de la musique urbaine camerounaise qui avait du mal jusqu’ici à s’imposer au Ndolèland. Ils sont venus avec l’aide de Mr. Leo, Salatiel, Daphné, Mink’s, Magasco …. apporter une belle alternative à nos styles musicaux classiques tel que le Bikutsi et le Makossa, dont les artistes ont connu une baisse de régime au courant de l’année écoulée.

https://twitter.com/LesWaysNdole/status/809676346796494849

Revenu de multiples fois dans les réponses, « La sauce » de Reniss a pour beaucoup été THE song de l’année au #237 et voire au-delà, si on en croit le succès remporté par l’artiste lors de ses prestations à l’extérieur du pays. « Monshung » de Jovi a été lui aussi très plébiscité par le public camerounais et par the « King Kong » himself Stanley Enow. Très renfermés sur eux et ouverts à très peu de médias, le succès des artistes de New Bell Music est une preuve que le verdict du public reste le plus important.

https://twitter.com/LesWaysNdole/status/809679591342219264

1er sans concurrent, « Sawa Romance » de Locko a été choisi comme étant le plus beau clip de l’année 2016. Si une amélioration qualitative de nos vidéogrammes, qui se sont mis aux standards internationaux, avait été observée depuis 2015, un effort particulier a été fait cette année  dans la storytelling qui jusqu’ici avaient particulièrement été négligée par les artistes. A vouloir trop raconter une histoire et parfois où il n’y en a pas, certains songs ont été négativement influencés par le vidéogramme qui ne correspondait pas à la chanson.

https://twitter.com/LesWaysNdole/status/809679828140101632

« Tuer pour tuer », « Ça ne rit pas », « Tu montes tu descends », »Les sorciers », »Vis ta vie » , 2016 reste incontestablement l’année de Maahlox. Jules Kenfack a surfé sur le buzz crée par « Ça sort comme Ça sort » pour cimenter sa place et montrer tout son talent. Hyperactif, imprévisible, Maahlox doit surtout son succès en 2016, après plusieurs années d’intense labeur et de stigmatisation, à une nouvelle équipe de management ainsi qu’au public. Ce public qui malgré le fait que certains médias et acteurs de l’industrie culturelle camerounaise l’aient blacklisté en raison de ses textes pour le moins choquant, l’a toujours soutenu et propulsé au sommet.

Maahlox R161Si vous voulez savoir ce que vos enfants pensent, disent et font lorsque vous n’êtes pas là, suivez ma musique. dixit Maahlox

Et Maahlox n’oublie rien. Fidèle à lui-même, ce dernier n’hésite pas à rappeler à qui veut l’entendre que sa réussite il la doit à lui-même et à son public. Les personnes qui ont essayé de lui faire croire le contraire l’ont amèrement regretté et cela aux dépens de l’honneur de leur maman. Maahlox n’a pas sa langue dans la poche ni ses doigts loin du clavier et reste toujours prêt à entrer en studio pour régler ses comptes.

https://twitter.com/LesWaysNdole/status/809691618576072705

Locko est une nouvelle fois l’artiste le plus sollicité par les featurings. De nombreux artistes ont compris qu’au-delà de sa voix, le muna sawa jouit d’une aura particulière auprès du public tous âges et tous goûts confondus. S’il est vrai que ces featurings lui permettent de ne pas tomber dans l’oubli, on ne peut s’empêcher de souhaiter à l’artiste d’être plus regardant sur ses collaborations. La quantité compte mais la qualité beaucoup plus.

https://twitter.com/LesWaysNdole/status/809678838116429825

Cette année, les songs qui nous ont le plus fait vibrer viennent de collaborations plus ou moins surprenantes . Certains étaient  attendus, d’autres plus improbables nous ont agréablement surpris.

Les featurings attendus

  • Locko Ft. Mr. Leo: Si beaucoup se demandaient ce qu’une collaboration entre les deux artistes les plus aimés par les femmes en 2016 pourraient donner, « Supporter » est venu répondre à cette question. Allant à contresens de ce que Locko et Mr Leo, amoureux invétérés dans tous leurs clips, avocats défenseurs de la cause féminine, avaient l’habitude de prôner, « Supporter » a néanmoins remporté un franc succès cette fois aussi auprès de la gent masculine.
  • Stanley Enow Ft. Locko: Personne n’a vraiment oublié la proposition publique faite par Stanley Enow à Locko encore au début de son apogée. « Bounce » a été la réalisation de cette promesse. Malheureusement la mini polémique créée à la sortie du clip dans lequel n’apparaissait pas Locko et où la star sud-africaine AKA était l’invité vedette, a un peu refroidi les fans.

Les improbables featurings

  • Daphne Ft. Ben Decca: Deux générations, deux voix, un clip. « Ndolo » reste sûrement l’une des collaborations les plus surprenantes et agréables de l’année 2016
  • Daphne Ft. Numérica: Personne ne s’y attendait. A l’annonce de la sortie du song et du clip plusieurs craintes pouvaient être formulés. Mais « No Way« , extrait de l’album de Numerica a été une bouffée d’air frais particulièrement pour ceux qui avaient réussi à mettre Numerica dans la catégorie d’ambianceur. « No Way » a mis beaucoup d’accord, particulièrement les premiers récalcitrants à la musique du Prince de Bana. Effet Daphné ou nouveau tour de magie de l' »El Mago »? On espère avoir une réponse en 2017.
  • Daphné Ft. Les Featurist: La belle Daphné a été très sollicitée cette année et n’a pas eu peur de sortir de sa zone de confort. « Allez » a reçu un bon accueil à sa sortie mais n’a pas eu un écho suffisamment fort.
  • Numerica Ft. Michael Kiessou: Devenu rare comme le billet de 10.000Fcfa, on attendait sûrement pas Michael Kiessou qui s’était auparavant essayé avec plus ou moins de succès à la bentrap, nous livrer un song avec Numerica. Avec la touche du Beatmaker Winney, le résultat était pas mal mais n’a pas fait beaucoup de bruit pourtant « Alemok » avait toutes les qualités d’un song du Njokà.

Les featurings surprises

  • Maahlox Ft. Phil B: Inconnu du grand public, c’est le clash de Phil B contre son collègue Maahlox sur les droits d’auteur de la chanson « Tuer pour tuer » qui sortira ce dernier de l’anonymat. En publiant sa version originale, Phil B a montré que le succès de « Tuer pour tuer » n’est pas uniquement dû au statut de « Monsieur Buzz » de Maahlox.
  • Maahlox Ft. Salatiel & Myra – « Bouger là bas« : la collaboration entre l’artiste du moment Maahlox, et Salatiel,  le Mr derrière de nombreux hits, n’a pas eu l’effet escompté. Les attentes étaient peut-être trop grandes .

https://twitter.com/LesWaysNdole/status/809679130321186816

Par ordre

  • Skyzo – Locko
  • SLMP – Stanley Enow
  • Work Dey 3 – Pascal
  • Raw Gold – Magasco
  • Tendon – Reniss
  • Lovestory – Mr. Leo
  • Mongo – Maxtor
  • Here To Stay – Daphne
  • 5 Majeurs – X Zafrane
  • Bad Music – Jovi

https://twitter.com/LesWaysNdole/status/809693282561359872

La palme d’or revient cette année à Big Dreams Entertainment, Alpha Better Records et New Bell Music.

https://twitter.com/LesWaysNdole/status/809692412192980997

Tenor R161Tenor, Tenor, &  Tenor. L’artiste peu connu il y a un an, a depuis sa signature avec le label de Locko, Big Dreams Entertainment, vu sa popularité grimper. Cela est sans doute dû au professionnalisme de son nouveau management dont il s’est séparé quelques mois après. Néanmoins, cela a laissé le temps au public de confirmer son talent brut et de l’accueillir à bras ouvert. Le rappeur a réussi à bien prendre son envol, espérons qu’il puisse planer suffisamment longtemps.

https://twitter.com/LesWaysNdole/status/809692753911287808

Une fois de plus c’est Tenor qui a été le plus cité dans cette catégorie. Il faut bien avouer que son style unique a apporté une bouffée d’air frais dans le hip hop Kmer qui commençait déjà à s’uniformiser.

On retrouve également

  • Mink’s
  • Mic Monsta
  • Ewube
  • Tilla
  • Nernos
  • Metuschelah
  • Coolkid
  • Askia

Le grand absent de cette liste reste sans aucun doute Maxtor, qui a fait une entrée fracassante en 2016 avec son album « Mongo ». Malheureusement, ce dernier s’est fait par la suite tout petit et ça le public le lui a fait payer cash.

Et la question bonus, celle où le bât blesse…

https://twitter.com/LesWaysNdole/status/809730879853629440

Le verdict est sans appel. Entre les  0/10, les néants, peu d’internautes sont allés au delà de 5/10. Ce qui montre une fois de plus que le chemin à parcourir pour ces artistes d’un nouveau genre est très long et l’industrie musicale urbaine camerounaise pas prête de sortir de l’auberge.

Alerte R16Le zik urbaine reste gangrenée par les maux tels que les clans, les clashs et les problèmes d’égo. Les artistes ne se sentent pas suffisamment soutenus par les professionnels de médias, les bloggueurs, et les anciens du milieu. Ces derniers eux dénoncent un manque de professionnalisme, de discipline et surtout de constance de la part des artistes locaux. Les différents clashs comme ceux de Maahlox vs Tony Nobody, Maahlox vs Medias & Bloggueurs, Franko vs Medias & Bloggueurs en sont des exemples palpables. D’ailleurs le buzzeur, qui a eu le vent en poupe en 2016 s’est érigé en défenseur national de ses confrères, ce qui ne l’a malheureusement pas empêché de clasher à plusieurs reprises de manière directe ou indirecte Stanley Enow.  Nos artistes sont en train de se disputer un trône qui n’existe même pas et ceci aux dépens de la qualité de leur musique.

Si nous sommes les premiers à prôner le « consommons local« , nous ne pouvons pas accepter la médiocrité ou à défaut l’a-peu-près tout simplement parce que les productions que nous présentent les artistes sont estampillées de l’étiquette « Made in Kmer« . Plus la qualité et l’originalité des œuvres fournies par nos artistes seront excellentes, plus le public adhérera, plus le « consommons local » s’exportera avec fierté et là nous pourrons envisager une réelle concurrence musicale avec des pays tels que le Nigeria, qui a réussi à force de travail, de rigueur et de soutien mutuel à vendre leur musique partout dans le monde. Le potentiel est là, l’envie aussi, les moyens pour le moment un peu moins mais ne dit-on pas que la passion et la foi soulèvent les montagnes?

RDV en fin 2017 pour vérifier ce proverbe.

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