Lutte contre le décapage : Un combat hypocrite, mal amorcé et à redéfinir!

On assiste aujourd’hui dans la communauté africaine à une lutte « médiatique » acharnée contre le décapage. Des campagnes, des pétitions, des reportages, des espaces créés sur les réseaux sociaux pour crier haut et fort: NON AU DÉCAPAGE!!! NON À L’ÉCLAIRCISSEMENT DE LA PEAU!!!

Focus sur la société camerounaise
Parce que c’est celle qu’on connaît le mieux! Le plus triste dans cette lutte chez nous est le fait que, ce soit un combat hypocrite. En effet, dans notre société, environ 7 filles sur 10 utilisent des produits éclaircissants. Qu’ils soient « unifiants », « décapants », « harmonisants », ou  » éclaircissants » le but recherché est le même et ça reste du décapage. Alors il devient un peu trop facile pour celles sur qui ces effets se voient moins, de se servir de celles qui abusent comme boucs émissaires de railleries et d’exemples fortuits de ndem poussé, qui font la honte de la communauté en se décapant. N’allons surtout pas voir ce qu’on pourrait trouver chez celles-là!

Le fait est que, défendre une cause ou soulever un problème social ne se réduit pas à se lever pour scander oh grand Dieu à l’ignominie du geste posé, ça ne se réduit pas non plus à organiser des campagnes et boycotts de produits ou à exposer des personnes connues sur la place publique et procéder à leur jugement. Par contre, oui éduquer par des actes concrets ( explications scientifiques, témoignages, promotion de la beauté naturelle, etc.) c’est bien.

Toutefois, le problème ne peut être résolu de cette seule manière, car le mal est bien plus profond et les meneurs (ou meneuses) de combat flottent eux-mêmes (elles-mêmes) sur une vague d’hypocrisie. Pour aborder tout problème social, il convient de bien en étudier les causes, car un problème peut en cacher un autre et si le but recherché est vraiment de protéger la société, il faudrait essayer de la comprendre avant de la fustiger. La comprendre implique l’étudier, étudier le problème et l’analyser patiemment.

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Jolie peau ébène

Bien que plusieurs propagandes clament que le but recherché par les femmes qui se décapent est de ressembler aux blanches, cet argument de notre point de vue, ne semble pas fondé. En réalité, la majorité des gos Kmers ont recours à ces pratiques en première ligne dans le but de plaire aux hommes. Car ceux- ci et leurs préférences physiques, mais aussi le canon de beauté (peau claire) développé au fil des années par la population noire, représentent la première cause de décapage chez les femmes. Ensuite, la deuxième cause, qui dans une certaine mesure rejoint la première, est le fait que toute femme désire avoir une « belle peau » et qu’on le veuille ou pas, autant qu’une peau naturellement noire ébène soit belle, une peau cramée par le soleil ou pas uniforme n’est pas belle à voir! Donc ici, la cause trouve sa source dans le fait de vouloir être belle mais aussi de plaire, car ici encore l’opinion publique et en particulier celle des hommes joue un rôle prépondérant dans ce processus. Enfin, il existe aussi bien évidemment celles qui veulent à tout prix changer leur « race »-même si possible pour carrément devenir blanches (oui ce sont là les vrais cas à problèmes). Elles ne représentent en réalité qu’une petite portion de la population « décapée » au Cameroun (précisons le, car ailleurs c’est bien plus grave!). Cette dernière catégorie quant à elle, mérite qu’on s’y penche sérieusement!

Le peuple et l’industrie cosmétique, les premiers responsables
Pour conclure, le vrai combat à la mesure des causes de ce problème, devrait d’abord se construire autour de l’éducation des hommes et de la population ainsi qu’autour de la revendication d’une industrie cosmétique plus enclin à trouver des solutions aux problèmes de peau de la femme noire et africaine. Des produits qui leur permettraient de maintenir leur peau belle sans la détruire, de se protéger de l’effet inesthétique des brûlures solaires et surtout qui seraient à la portée de toutes les bourses. Car il ne sert à rien de pointer du doigt les autres, quand sournoisement on fait pareil même si c’est à une moindre échelle. Il ne sert à rien de pointer du doigt les grandes stars Kmers, qui se disent faire le nécessaire pour plaire ( avec les hommes, ça marche généralement très bien) et admirer la beauté des stars américaines décapées jusqu’aux os et adulées des jeunes africaines! Le combat devient contradictoire et l’adage qui dit de prêcher par l’exemple perd tout son sens. Car par effet de mode, on dénonce haut et fort le décapage mais derrière on le fait quand même ( même un peu ) pour avoir une peau aussi belle que Rihanna ou Beyonce (pour ne citer que celles-là) qui l’ont fait et bien d’autres avant elles sans conséquences notoires! Ce que la jeunesse africaine ne sait pas, c’est que ces produits sont hors de prix et que les noirs américains ont une offre de produits plus adaptée à leurs besoins. Ce qui n’enlève toutefois rien aux dangers que peut entraîner un décapage de la peau.

Beyonce"Avant / Après"

Beyonce »Avant / Après »

Kerry Washington aKa Miss Pope "Before/After"

Kerry Washington aKa Miss Pope « Before/After »

 

Il devient donc indispensable dans ce cas de figure, d’examiner le problème, de redéfinir le combat et voir la réalité en face. Le vrai problème est ailleurs: il faudrait que l’industrie cosmétique se penche sérieusement sur les problèmes de peau des noirs et nous offre des produits adéquats, ensuite que la société soit rééduquée et que nous apprenions non seulement à aimer et valoriser nos peaux mais aussi à adopter une vision réaliste des choses. Il y a des peaux plus belles au regard que d’autres, tout comme chez les blancs, une peau trop blanche est considérée comme pas belle. Ils ont quant à eux, conçu des produits censés satisfaire au besoin d’avoir une peau plus matte sans toutefois l’abîmer. Après, il y a des solutions plus drastiques et dangereuses comme les rayons UV, qui restent aussi très critiquées. Alors chez nous et pour nous aussi, il pourrait y avoir des produits appropriés et sains pour la peau, voire même des soins à base de produits naturels, qui permettraient de garder une belle peau sans la décaper. En parallèle, une ré-éducation de la femme noire mais aussi et surtout du peuple noir pour l’acceptation de sa nature s’impose, car sachons le, une belle femme n’est pas forcément une femme claire de peau!
Nous voulons suivre des exemples? Les copier? Alors copions bien. Fustiger et critiquer en faisant tout un tapage ne résout pas tout. Il faut prendre le problème à sa racine.

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