Drame à l’hôpital Laquintinie: Qui sont les véritables coupables de la mort de Monique Koumate et de ses jumeaux?

Drame à l’hôpital Laquintinie: Qui sont les véritables coupables de la mort de Monique Koumate et de ses jumeaux?

En ce dimanche 13 mars, la famille de Monique Koumaté aurait pu être agrandie de deux magnifiques êtres, si et seulement si les médecins de l’hôpital Laquintinie avait accepté de la faire accoucher, si et seulement si il existait un réel système de santé au pays ou si et seulement si… le destin l’avait décidé autrement.

« Qui est responsable du décès de cette petite famille? »

La chasse aux sorcières lancée par les internautes, à l’annonce de cette tragédie, reflète un problème bien plus profond. Celui d’une exaspération collective. Les versions aussi variées que contradictoires sur la mort de Monique Koumaté et ses bouts de choux pullulent sur la toile à tel point qu’on ne peut qu’y voir une certaine instrumentalisation de ces morts très vite qualifiées de meurtres… peut-être un peu trop vite.

Selon la version de cette histoire qui a réussi à créer l’indignation populaire, Monique Koumaté se serait rendu après d’affreuses contractions en taxi à l’hôpital Laquintinie où cette dernière n’aurait trouvé personne pour s’occuper d’elle faute de moyens financiers. Elle rendra l’âme quelques minutes plus tard selon le diagnostic du premier médecin qui s’est rendu auprès d’elle.  Son conjoint la sortira du taxi et la déposera devant les urgences, dont les portes auront été fermées par ledit médecin. Coup de théâtre, les bouts de chou emprisonnés dans le ventre de leur maman suffoquent et donnent de violents coups. La nièce de Monique également présente, mais sans expérience de chirurgienne ou d’accoucheuse prend sur elle d’aller en pharmacie pour se procurer une lame et essaye de délivrer ses cousins devant les caméras des smartphones de personnes ahuries par cette scène, qui ont eu le fameux réflexe d’aider ces personnes… en enclenchant leurs caméras. Le premier bébé s’avère déja mort, le deuxième sort vivant mais décède quelques minutes plus tard, l’indignation est totale!

Comment est-ce que des personnes du corps médical, qui ont prêté le serment d’Hippocrate ont pu laisser mourir ces trois êtres sans bouger le petit doigt?

Je dirigerai le régime des malades à leur avantage, suivant mes forces et mon jugement, et je m’abstiendrai de tout mal et de toute injustice.

……

Dans quelque maison que j’entre, j’y entrerai pour l’utilité des malades, me préservant de tout méfait volontaire et corrupteur, et surtout de la séduction des femmes et des garçons, libres ou esclaves.

Circulaire concernant la gestion des cas d'urgence par les hôpitaux

Circulaire concernant la gestion des cas d’urgence par les hôpitaux

Ces quelques mots extraits du serment d’Hippocrate ne sont-ils que des mots? Qu’en est-il de la circulaire envoyée il y a peu de temps à tous les hôpitaux du Mboa indiquant qu’en cas d’urgence, la vie du patient a la priorité sur l’argent?

Quelques employés de l’hôpital Laquintinie en service ce jour et surtout fatigués d’être accusés à tort et à travers ont bien voulu livrer leur version de l’histoire.

En effet, Madame Koumaté, accompagnée de sa famille, se serait rendu à l’hôpital de Tergal à Nylon à la suite des douleurs et y serait décédée. Le morguier de cet hôpital, au moment de la séparation de corps, comme il est coutume de le faire dans ces cas, aurait senti les bébés bouger et aurait demandé à la famille de se rendre rapidement à Laquintinie pour qu’on essaye de les sauver. Pour rappel, dans ces cas de figure, les bébés encore dans le ventre, ont exactement 10 à 15 minutes pour survivre à l’intérieur du ventre de leur maman. Les enfants seraient donc décédés au cours du trajet. Etant déjà morte, elle ne pouvait pas être admise aux urgences mais devait être emmenée au bloc chirurgical pour la séparation des corps que seul un médecin légiste est habileté à effectuer. Le temps d’enclencher le protocole, la dépouille est abandonnée sur le sol, donnant l’impression que les médecins s’en foutent de cette personne. La famille proteste au point d’attirer l’attention du Dr Sissongho, Directeur général de l’hôpital qui s’est rendu sur place. Lorsque le personnel présent a voulu couvrir la dépouille, la famille s’est interposée.

Cette version fournie par plusieurs membres du personnel soignant présents sur la place ce samedi reste néanmoins assez louche. Est-ce la version officielle fournie par l’hôpital afin de colmater la tempête médiatique et la grogne populaire qui menace? Est-ce la famille de Monique qui, encore traumatisée par cette perte, vit un déni et cherche un coupable? Est-ce les spectateurs-statuettes qui ont décidé, à l’heure où les réseaux sociaux sont devenus la seule arme de revendication massive, de se servir de cette histoire afin de manifester leur mécontentement à l’administration en place? Personne ne saurait répondre.image

Mais ce qui est sûr, le problème est beaucoup plus sérieux. La population a besoin des hôpitaux dignes de confiance avec des médecins compétents. Ces derniers ont besoin de rentabiliser leurs 7 années et plus d’études, de nourrir leur famille et ne peuvent pas facilement se permettre de faire de la charité à des patients, qui très souvent prennent les sissonghos quand on leur présente la facture, laissant ainsi le soin à l’administration de l’hôpital de couper ces frais du salaire du médecin « bon samaritain ».

L’affaire Koumaté Monique et ses jumeaux n’est sûrement pas la première du genre au pays, et ne sera probablement pas la dernière avant un bon bout de temps, car au delà de l’humanité primaire qu’on exige aux médecins, c’est tout un système de santé qui est à revoir, c’est toute une mentalité qui est à changer. Cela commencera lorsque ce fameux dicton « Le Cameroun c’est le Cameroun », preuve palpable que l’anormalité est devenu normal dans ce pays, preuve que la plupart des Ndoléais ont accepté depuis fort longtemps de remettre leur futur au destin. Ce destin qui malheureusement ne se montre pas clément la plupart du temps. On aperçoit juste un destin avide, égoïste, opportuniste, à croire que derrière ce destin auquel on se remet, se cache la main d’un ou de plusieurs hommes. On a besoin d’un système de santé révolutionnaire pour vraiment faire changer les choses.

Une pétition a été lancée pour faire entendre nos voix au gouvernement camerounais. Au delà de nos agitations vaines derrière nos écrans d’ordinateurs et de téléphones, des actions concrètes doivent être menées afin d’aspirer à ce qui nous ait de droit. Ne dit-on pas « aide toi et le ciel t’aidera?

Signons cette pétition pour une véritable réforme du système de santé au pays>>ici

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un commentaire

  1. Samuel MANGALA MALU
    15 mars 2016 at 15 03 41 03413 Répondre

    Franchement cette histoire nous indigne tous, je suis médecin et je n’encourage pas ces genres de pratiques, que les coupables repondent à leurs actes SVP…

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