Black Friday : La descente aux enfers du Cameroun par Matomb et Eseka (plus jamais ça! )

Black Friday : La descente aux enfers du Cameroun par Matomb et Eseka (plus jamais ça! )

Ils s’appelaient Junior, Paul, Vanessa, Jean Roger, Suzy, Christiane. Ils voulaient go work ou passer un week-end de repos bien mérité à Doul. Today, leurs familles sont en quête de réponses après le drame qu’a connu le Ndolèland le 21 octobre 2016. Elles se demandent pourquoi à 13h05, le train 152 de Camrail venant de Yaoundé à destination de Douala a fini sa course à Eseka ? Est-ce que leurs pertes auraient pu être évitées ?

Effondrement
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Tout avait pourtant bien commencé ce vendredi-là. Les Ndoléais s’apprêtaient à djoum dans leur routine. Mais, dès les premières heures de la journée, les premières images de l’effondrement de la chaussée à Matomb ont vite fait de casser cette perspective. Le traffic routier entre Douala et Yaoundé était suspendu. Les Kmers ont begin à wanda sur cet incident sur le ton de l’humour qu’on leur reconnaît.

Pour tous ceux qui désiraient se rendre dans ces villes, il fallait trouver un autre moyen. Et entre le coût du billet d’avion et les approximations de « Cam’Air Peut-être », les usagers se sont déportés massivement vers les gares de Camrail via Intercity.  Du fait de l’affluence, le Ministre des Transports, Edgard Alain Mebe Ngo’o déclare sur le poste nationale à 13h :

« J’ai prescrit à la Camrail compte tenu de la gravité de la situation de mettre en œuvre des mesures spéciales additionnelles pour accroître la capacité de ses trains (…) Le train 152 de 10h25 en provenance de Yaoundé et à destination de Douala a été équipé de 8 voitures (wagons) supplémentaires qui ont offert une capacité additionnelle de 680 places par train, soit au total 1336 places »

Quelques minutes plus tard, un drame se produit à Eseka.

Déraillement
Grâce à la réactivité des réseaux sociaux, les premières images de la catastrophe parviennent dès 13h30. Le train 152 a déraillé et certains de ses wagons se sont retrouvés dans le ravin à proximité d’Eseka. Stupeur ! Des blessés graves, des rescapés traumatisés, mais surtout des morts qu’on ne saura jamais accepter, car le drame d’Eseka aurait pu être évité ! Des jours plus tard, les bilans provisoires font état d’environ 600 blessés accueillis dans divers centres hospitaliers des 2 capitales et des statistiques très mitigées, qui font tantôt état d’environ une centaine de morts et d’autres, qui vont jusqu’à 300 ! Une seule certitude demeure : Le peuple camerounais est meurtri !!!

Dysfonctionnements

  • Le sous-préfet de la localité de Matomb a tell après l’incident, qu’il avait plusieurs fois signalé la dégradation de la route constatée quelques jours auparavant. Malgré les nombreuses relances, silence radio des autorités compétentes sur l’état de l’axe le plus important du pays, jusqu’à ce que catastrophe s’en suive !
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  • Comme à Matomb, la « tuerie » d’Eseka aurait pu être évitée, si les recommandations et alertes précédant les actions engagées avaient été prises en compte. Alors pour palier à l’incident majeur et paralysant de Matomb, les instances dirigeantes ont essayé de tcha le taureau par les cornes et voici ce qui s’est passé (extrait d’une correspondance, que nous avons reçue d’une de nos sources) :

« 8h00: Le ministre des transports instruit CAMRAIL et CAMAIR CO de prendre des mesures exceptionnelles additionnelles pour assurer le transport des passagers entre Douala et Yaoundé.

Camrail décide d’ajouter 8 voitures supplémentaires au train numéro 152 prévu ce jour à 10h au départ de Yaoundé pour Douala; Ce même train étant précédemment parti à 6h de Douala pour Yaoundé dans des conditions normales car l’incident de Matomb n’était pas encore relayée; Ces 8 voitures supplémentaires sont extraites du train couchette parti de Ngaoundéré la veille à 18h et arrivé à Yaoundé vers 8h

En réalité, ces 8 voitures d’origine chinoises et équipées de plaquettes de frein et à peine vieilles de quelques années, posent des problèmes de freinage que les services de maintenance de Camrail ne cessent de dénoncer et d’exiger l’arrêt de leur utilisation.

le trajet Makak – Eseka faisant l’objet d’une dégressivité continue sur environ 40 km, il est d’usage à camrail lors du passage du train marchandise régulièrement très chargé de procéder à un arrêt à Makak parfois d’une ou deux heures pour procéder à la vérification du niveau de freinage de chaque roue avant d’amorcer cette longue descente sur Eseka.

Le train passager normal ne faisant pas l’objet d’un tel niveau de charge ne se soumet pas à cette obligation car étant peu chargé et donc ne pouvant se permettre au regard de son timing serré, de causer un désagrément aux passagers par un tel arrêt qui serait perçu comme désagréable par la clientèle.

10h00 : Les 8 voitures supplémentaires sont attelées rapidement sur le train et les passagers ne cessent d’affluer; certains passagers voyageront debout car les capacités d’accueil sont débordées; les plaquettes de frein de ces 8 voitures à peine arrivées de Ngaoundéré sont totalement usées.

11h00 : Le train s’ébranle de la gare de Yaoundé en direction de Douala;

12h00: Le train se trouve aux alentours de Makak et le chauffeur se prépare à amorcer la descente sur Eseka; Il sait que ce trajet est particulièrement difficile au regard de la charge inhabituelle de son train. Au bout de quinze minutes, le chauffeur appelle la gare d’Eseka pour signaler une anomalie : il demande que la gare d ‘Eseka soit immédiatement évacuée parce que son train ne freine plus; il est d’usage de ralentir lors de la traversée de toutes les villes et gares sur le trajet compte tenu de la concentration des populations aux environs. Le train prend inexorablement de la vitesse et il ne peut éviter de traverser Eseka à très vive allure. Le chef de gare d’Eseka fait rapidement évacuer les alentours de la gare

Le train aborde dans sa course folle le dernier virage qui mène vers Eseka et la force centrifuge démultipliée à cause du poids et de la vitesse fait dérailler le train et les 13 dernières voitures se jettent hors de la voie. »

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Un drame, qui ainsi relaté, ne saurait reproduire l’effroyable, l’insoutenable, l’écœurant spectacle vécu par tous ces usagers, qui auront eu le malheur d’emprunter le train 152 ce 21 octobre 2016 afin d’essayer de rejoindre leurs familles, boulots, etc. Des images qui resteront à jamais gravées dans la mémoire de tous les Camerounais, car à Eseka, le cœur du Cameroun a saigné, la poitrine du Mboa a été ouverte, laissant place à l’évidence de tout un système handicapé, une bombe à retardement, un suicide collectif lent mais sûr !

Les responsabilités
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Aujourd’hui, une semaine après le drame,  la seule mesure officielle prise par rapport à cet énorme fail, est l’enquête instruite par le Président de la République. Les responsables en charge font tout pour se dédouaner, l’entreprise de transport concernée, appartenant au grand groupe Bolloré, essaie elle aussi de se blanchir. Les instances gouvernementales quant à elles, ne surprennent pas grand monde et restent fidèles à elles-mêmes. Mais c’est tout le peuple camerounais qui est responsable et chacun citoyen en son for intérieur, le sait et le sent.

Cette catastrophe a mis à nu tous nos défauts, vices, faiblesses, incapacités, etc. Le drame d’Eseka a prouvé que le Cameroun est devenu un pays de morts-vivants : nous vivons la mort dans l’âme, car RIEN ne waka comme il se doit ! RIEN n’est entrepris de façon responsable et conséquente ! Tout est fait avec une légèreté affichée et désormais honteusement assumée ! Nous avons pris l’habitude de rire des petits drames, de joke sur Boko Haram, de simplifier ou ignorer nos affaires politico-économiques, vivre dans le « On va faire comment ?», se consumer dans le « Le Cameroun, c’est le Cameroun ! », s’enterrer dans le « Ça sort comme ça sort ! », mais le tour-ci nous avons « senti » que nous avons « chié », et que nous ne faisons que ça depuis plusieurs années maintenant !

Black Friday : Plus jamais ça!
Toutefois, rien n’arrive au hasard. Le drame d’Eseka, a été le drame de tout Camerounais, tellement vicieux, que même les étrangers en ont été affectés. Il a été le drame non pas d’une partie de la population mais de toutes les couches sociales, de toutes les tribus, de tous les corps de métier, etc. Et malgré toute notre volonté, l’engagement très engagée de nombreux camerounais à soutenir les victimes, nous portons ce deuil au fond de nos entrailles. Le Black Friday du 21 octobre 2016, le drame d’Eseka, font désormais partie intégrante de notre histoire et doivent sonner le glas de l’inertie du peuple camerounais ! Nous ne devons jamais l’oublier et nous battre pour que plus jamais ce genre de drame ne se produise ! Nous avons réussi, surtout grâce à internet et aux réseaux sociaux à faire un bel écho dans le monde, que ce soit le début de la bataille et non la fin. Notre sang versé à Eseka ne doit pas avoir été vain, il doit être à jamais le symbole de la prise de conscience, du changement, du respect de l’Homme et de la vie, mais surtout de l’espoir de lendemains meilleurs !

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Toutes nos condoléances les plus attristées aux familles éprouvées, beaucoup de courage aux blessés et aux victimes de ces drames…

** Retrouvez tout le reporting, les infos importantes, scoops, images, etc sur le Black Friday pendant le drame, sur notre Page Facebook : Les Ways Ndolè Magazine !

Divine D. Niancy & Uriel Nana

 

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