450 millions FCFA: le coût de la stèle d’Eseka en hommage aux victimes

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Le 21 octobre 2016, le Ndolèland vivait une des pires tragédies de son histoire. Après l’effondrement de la chaussée dans la localité de Matomb, des mesures palliatives sont instruites par le gouvernement pour faciliter les déplacements sur ce trajet très régulièrement fréquenté. Alors que Camair-Co aKa Air peut-être demeure le last choix (voire même le non-choix) de nombre de Kmers, la plupart se jette en désespoir de cause dans les « bras » de Camrail, qui semble offrir un moyen plus sûr. Mais hélas, l’urgence de la situation et les triturations précipitées et inexpliquées de la compagnie ferroviaire, auront eu raison de ces voyageurs. Aux alentours de 13h, le train 152 de Camrail venant de Ngola à destination de Doul déraillait pour finir sa course à Eseka, les 13 derniers wagons se retrouvant dans un ravin. A ce jour, le bilan officiel fait état de 79 morts et 600 blessés. Une catastrophe sans précédent au Ndolèland, notre Black Friday.

Ce rappel de l’histoire bien que douloureux, présente un tableau plutôt simpliste de la situation cet octobre 2016 à Eseka et au Cameroun en général. Le plus dur aura été (et demeure encore) le fait que les responsabilités de cette atrocité n’aient jamais été véritablement établies et sanctionnées à la mesure des actes posés, que les familles éprouvées jusqu’à ce jour (presque 2 ans plus tard) n’aient toujours pas été complètement indemnisées. Pire encore, que l’hôpital d’Eseka, dont les infrastructures désuètes, plus meurtrières que l’incident en lui-même, n’ait pas été réhabilité.

Parmi les mesures prises par le gouvernement pour « panser » les plaies des victimes et de tout le Mboa: l’érection d’une stèle en hommage à ce moment tragique de notre histoire. Pour ce faire, une compétition pour la réalisation de cette œuvre a été lancée le 20 juin 2017 par le MINAC (Ministère des Arts et de la Culture), le «Concours artistique national pour la conception de la maquette d’une stèle du Souvenir à Eséka ».

Fridolin Ndzinga Nga

Le 03 mai 2018, au cours d’une cérémonie présidée par le patron du MINAC , le Pr. Narcisse Mouelle Kombi, au Musée national à Ngola, l’architecte vainqueur de la compet ainsi que son œuvre ont été présentés au public présent. Rappelons toutefois qu’un jury pluridisciplinaire de 26 membres et 3 rapporteurs avait été mis en place pour éplucher les 60 maquettes candidates reçues. De celles-ci, seules 4 ont su hol le jury, dont celle de l’heureux vainqueur, Fridolin Ndzinga Nga, 38 ans. Ce dernier remportera la somme de 2 bâtons de FCFA, le 2ème, 1 bâton, le 3ème 700kolos et le 4ème, 500 Kolos.

Apparemment l’inspiration de Fridolin sur ce projet était trop:

« Dieu m’a donné un message pour consoler les familles des victimes et il m’a dit que le Cameroun doit être uni et indivisible » dixit l’heureux vainqueur.

Sa maquette, qui symbolise l’unité nationale, se présente sous 4 modules:

– Le first module représente les 4 points cardinaux en 4 piliers dont la base est marquée d’un message de réconfort en french et en anglais, destiné aux personnes éprouvées
– Le second module représente le fameux meurtrier train 152 de la Camrail sur des rails de 18 mètres
– Le 3ème module représente la stèle en elle-même avec ses plaques commémoratives
– Le 4ème module est selon l’artiste, une partie invisible où les morts sont stay quelque part (Hayaaaa or HIGHer ddl)

Tout ceci est bien ndolè hein mais c’est quand le Pr. Narcisse Mouelle Kombi a annoncé l’imminence de la réalisation de ce joyau architectural à la gare d’Eseka et qu’ensuite, tout récemment la CRTV Web a posté des images de la maquette sur les RS, annonçant le coût estimé de ce monument commémoratif que pòpò, les poils se sont hérissés! (Si tu es Kmer et que ta part de poils n’a pas bougé, c’est que Père, tu as un pb pour ne pas dire que tu es un sorcier!)

450 millions de FCFA c’est la coquette somme qui va comot de nos caisses pour réaliser la stèle d’Eseka.

  • 450 bâtons de FCFA que paiera le contribuable Kmer pour réaliser un monument en la mémoire de nos victimes, dont les plaies sont encore open!
  • 450 bâtons pour une stèle alors que l’hôpital d’Eseka n’a même pas de plateau technique!
  • 450 bâtons pour un plaisir luxueux, alors que la ville (pour ne pas dire le village) d’Eseka ne peut financer ses projets de développement (routes, écoles, hôpitaux, réfection de la gare, amélioration du réseau ferroviaire, etc.)!
  • Et la liste peut se rallonger…

En somme, commémorer ce moment tragique et douloureux, oui. Mais pas à quel prix? Est-ce vraiment nécessaire quand des pbs élémentaires et beaucoup moins coûteux sont encore en suspens? Que passa vraiment dans ce bled où tout ce qui est impensable ailleurs est devenu « possible » chez nous?

Avant même de se déshabiller pour rien, attendons de voir la réalisation de cette stèle (nous savons déjà que « revendiquer » n’a pas de sens et encore moins sa place au Ndolèland). Espérons que ce budget astronomique, nouvelle mangeoire de certains, permettra quand même de réaliser cette promesse, au moins par respect pour les victimes et le peuple Kmer pour qui, aucune stèle ou autre ne pourra jamais effacer cette immonde cicatrice.

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